La fantastique accélération du mensonge dans le spectacle politique mondial En quelques semaines le faussaire Donald Trump exprime sa vraie nature

« On ne doit pas croire que puissent se maintenir durablement, comme un archaïsme, dans les environs du pouvoir réel, ceux qui n’auraient pas assez vite compris toute la plasticité des nouvelles règles de leur jeu, et son espèce de grandeur barbare. Le destin du spectacle n’est certainement pas de finir en despotisme éclairé.

Il faut conclure qu’une relève est imminente et inéluctable dans la caste cooptée qui gère la domination. En une telle matière, la nouveauté, bien sûr, ne sera jamais exposée sur la scène du spectacle. Elle apparaît seulement comme la foudre, qu’on ne reconnaît qu’à ses coups. Cette relève, qui va décisivement parachever l’œuvre des temps spectaculaires, s’opère discrètement, et quoique concernant des gens déjà installés tous dans la sphère même du pouvoir, conspirativement. Elle sélectionnera ceux qui y prendront part sur cette exigence principale : qu’ils sachent clairement de quels obstacles ils sont délivrés, et de quoi ils sont capables. »

Guy Debord, « Commentaires sur la société du spectacle », Editions Gérard Lebovici, 1988

Celui qui se présentait, dans sa campagne électorale, comme un homme d’affaires en apparence surtout soucieux de la valorisation des profits des détenteurs de capitaux dans un contexte international pacifié, claironnant sa détermination à contrecarrer les projets impérialistes guerriers dont les Etats-Unis sont les principaux initiateurs, est désormais président des Etats-Unis. Il démontre une fois en place un zèle particulier à faire exactement le contraire de ce qu’il prônait encore hier. Sa détermination à engager le conflit sur plusieurs fronts, à renouer avec la propagande hostile la plus éhontée contre des régimes qui déplaisent à la Maison blanche, son acoquinement grotesque mais avéré avec l’OTAN qu’il dénigrait hier, et en général son exercice outrancier dans l’expression du mensonge d’Etat, dévoilent objectivement la nature délétère de son projet. Hypnotisant les foules par une critique réitérée des médias mainstream et faisant mine de s’opposer au capitalisme mondialiste nihiliste, il a pu drainer à lui une certaine sympathie de la part des couches moyenne et populaire américaines, mais c’est pour mieux les trahir économiquement et géopolitiquement. Le peuple américain aurait aisément pu élire sa concurrente pour obtenir le même résultat.

Il ne faut pas s’embarrasser en conjectures sur l’explication de ce reniement ou revirement d’un président américain par de vagues supputations sur l’existence d’un  deep state qui viendrait à bout de toute représentation politique alternative. Le président des Etats-Unis est le deep state, la représentation politique évidente de ce deep state, même s’il ne lui est pas nécessaire de connaître tous les subterfuges et manipulations qui ont cours dans le plus grand secret. Il ne servira à rien de gloser non plus sur l’influence d’une fille, d’un gendre ou d’une cartomancienne quelconque qui auraient pu contribuer à le « retourner ».
Il n’y a pas eu de revirement mais plutôt la valorisation d’une offre politique falsifiée, à l’image d’un produit d’entretien de supermarché qui ne tiendrait pas ses promesses. Un revirement sous l’effet d’une éventuelle pression ne ressemblerait en rien au scénario actuel, il ne coïnciderait pas avec le zèle particulier constaté chez cet individu dans son discours actuel. On est en présence d’un personnage du spectacle mondial qui s’est permis d’avancer « masqué » assez longtemps pour d’autant plus efficacement affirmer la volonté de prédation évidente des forces de la domination. Ce ne fut que le misérable spectacle sur les tréteaux de l’élection américaine de deux factions plus ou moins bien délimitées défendant le même objectif avec des nuances d’intérêts industriels et financiers particuliers en compétition. Il s’agissait en quelque sorte de deux bandes de racketteurs se disputant un territoire mais avec une logique de racket renforcée. Cela ne fait que signaler le mépris toujours plus important que le pouvoir dans sa version la plus moderne éprouve pour la masse soumise. Ce même pouvoir qui peut maintenant se permettre, avec un intervalle de temps toujours plus réduit, non seulement d’abandonner ses promesses mais de faire exactement le contraire de celles-ci.

Cet homme est dangereux mais certainement pas pour les raisons avancées par les gauchistes américains et européens complices des oligarchies. On constate d’ailleurs cette complicité gauchiste lorsqu’un fantoche trotskyste vaudevillesque, expression ultime de la misère de la fausse critique, actuel candidat à l’élection présidentielle française, s’aligne exactement sur la version américaine et otanesque concernant la prétendue attaque chimique du régime syrien. Ce président américain récemment intronisé pourrait néanmoins être celui qui apporte la guerre dont les peuples ne veulent pas.

La trahison vulgaire et odieuse de cet oligarque américain dénué de tout scrupule jette une ombre particulièrement défavorable sur tout espoir de changement, même mineur, par un processus électoral. Même si nous ne considérons pas l’élection comme l’arme par excellence de la conscience libérée du mensonge politico-médiatique et que nous imaginons d’autres voies nécessaires pour aboutir au bouleversement des conditions existantes, nous ne tomberons pas néanmoins dans le discours convenu du « élections piège à cons » qui consisterait à considérer que tout se vaut. Nous prétendons identifier les nuances existantes qui se réalisent dans les faits offerts à l’observation lucide. Les candidats anti système existent bel et bien et le simulacre états-unien ne doit pas faire force de loi en ce domaine.

Personne ne trouvera à redire si un individu floué par un marchand peu scrupuleux dans l’acquisition de quelque produit avarié, revient vers ce dernier pour se voir dédommagé. La même logique devra tôt ou tard s’appliquer à la société qui s’annonce « démocratique ». La conscience du mensonge et sa dénonciation toujours plus implacable sont la première étape de la tentative de sauver un monde toujours plus voué à la destruction par la domination spectaculaire mondiale.

Il devient toujours plus urgent que les peuples reprennent l’initiative et ne laissent pas trop longtemps le sort du monde en de telles mains criminelles. C’est devenu une question de volonté élémentaire de survie.

Patrick Visconti

Laisser un commentaire