Macron : Plus que le choix des médias, le choix des réseaux de pouvoir

Benjamin Dormann, journaliste

Sur son site internet, Emmanuel Macron scinde sa présentation personnelle en deux parties distinctes : d’une part, « la biographie officielle », « des choses que beaucoup savent déjà » (4 lignes sur l’ENA, la banque d’affaires et le secrétariat général adjoint de l’Elysée sous Hollande), et, d’autre part, sa bibliographie « plus intime », trois fois plus longue, qui s’étale sans retenue sur sa famille, ses parents, son épouse, ses beaux-enfants, ses 7 petits-enfants, sans oublier la grand-mère…


Il semble loin le temps où le ministre Emmanuel Macron regrettait sa photo de couple en Une de Paris Match, avec ce remords pudique mimant celui qui aurait tant aimé ne pas exposer sa vie privée : « Ce n’est pas une stratégie de com. Mon épouse, elle, ne connaît pas le système médiatique. Elle le regrette d’ailleurs profondément. C’est une bêtise, une bêtise qu’on a faite ensemble. Moi ce qui m’importe le plus, c’est mon couple. Mon couple, ma famille, c’est la chose à laquelle je tiens le plus ».

Depuis, la machine à « success-story-telling » s’est mise en place, à grand renfort de médias :

  • un livre, avec comme seul message en quatrième de couverture, une énorme photo de soi, sans un mot, symbole d’une « modestie modernité » (ce que ma copine de Perpignan appelle « mon cul sur la commode») ;
  • des articles et reportages élogieux jusqu’à plus soif sur toutes les chaînes, dont la fameuse scénette de théâtre adolescent, sous les yeux énamourés de sa professeur ;
  • un vocabulaire marketing : il ne crée pas un « parti » mais il lance un « mouvement » ; il n’a pas des militants mais des « marcheurs » ; pas de « responsables locaux» mais des « référents », …

et tout ce « cinéma » plein de charme et de contrôle, tout ce « divertissement », au sens Pascalien du terme, permet, comme d’habitude avec nos médias militants, de taire l’essentiel pendant cette campagne : Emmanuel Macron n’est pas le « nouveau candidat, inattendu, antisystème » que l’on nous vend à longueur de journée mais, au contraire, l’élu choisi de longue date pour nous par les principaux réseaux de décideurs français et internationaux.

Qu’il soit permis ici de rappeler 4 informations concernant l’un des champions du réseautage en France (cf. tableau en fin d’article) :

  • Emmanuel Macron est le seul Bilderberg politique français des 9 dernières années (depuis 2008 : Manuel Valls et Jean-Pierre Jouyet, son « parrain » politique) ;
  • Emmanuel Macron est Young Leader 2012 ;
  • Emmanuel Macron a été administrateur d’En Temps présent (bien que cette mention ait été retirée du site), actif dans la Fondation Jean Jaurès, puis étroitement lié aux Gracques membre de la Commission Attali…

Bref, il est le condensé de ce que le Système français produit inlassablement depuis des années en matière d’élitisme, d’entre soi et d’influence politique sans mandat électif.

Qui sont ces principaux réseaux de décideurs ? :

Les Bilderberg est le groupe de décideurs le plus puissant du monde, qui rassemble, une fois par an, environ 120 milliardaires, banquiers, hommes politiques, industriels, universitaires, hauts fonctionnaires, personnalités d’influence dans le monde du travail et journalistes. Ils se réunissent pendant un week-end, dans un hôtel ou un centre de villégiature quelque part en Amérique du Nord ou en Europe, afin de discuter en privé des affaires du monde. Les participants, présents uniquement sur invitation, le sont à titre privé et s’engagent à ne rien divulguer des discussions qui s’y tiennent, fussent-ils journalistes. Bref, un modèle de « démocratie moderne ». Pourquoi de telles réunions ? La réponse est donnée par l’Américain David Rockefeller, fondateur des Bilderberg : « Le monde est plus sophistiqué et est préparé à aller vers un gouvernement mondial. Une souveraineté, au-dessus des nations, d’une élite intellectuelle et des banquiers mondiaux est sûrement préférable à l’autodétermination nationale pratiquée pendant les siècles passés. »

Environ 110 personnalités françaises ont participé à ces « réflexions de gouvernement mondial » au cours des 35 dernières années, soit environ 3 nouveaux cooptés par an, sur une demi-douzaine de participants français par an. A gauche, seuls 14 politiques ont participé aux réunions Bilderberg en 35 ans, dont 5 premiers ministres (Bérégovoy, Fabius, Jospin, Rocard et Valls), et 3 ministres qui ont été en charge des finances (DSK, Sapin et Macron avant qu’il ne soit ministre). Une telle participation est-elle anodine ? Vide de sens ? Qui pose la moindre question au candidat Macron sur ce sujet ? Visiblement pas tous ces médias flattés de participer à ces réunions Bilderberg, et à cette « construction de gouvernement mondial » aux côtés des principaux hommes d’affaires mondiaux et des dirigeants politiques.

Il suffit de lire les pages de mon enquête Ils ont acheté la presse consacrées au rôle des Bilderberg dans l’élection de Herman von Rompuy comme premier président du Conseil européen pour comprendre qu’il est urgent de poser la question publiquement : qui élit qui, dans nos démocraties modernes ? La réponse nous est peut-être donnée par le milliardaire américain trumpiste Peter Thiel, fondateur de Paypal et actionnaire historique de Facebook, lors d’une récente visite à Paris rendue à Xavier Niel (propriétaire du Monde, du Nouvel Obs de Free, entre autres), puis à Emmanuel Macron candidat non encore déclaré : « Nous n